Derrière le dermographe de Loutch

Aujourd’hui, c’est Loutch qui répond à mes questions !

Vous ne connaissez pas ? Découvrez vite son travail, graphique, poétique et combatif !

Quel métier rêvais-tu de faire lorsque tu étais enfant ?

A l’âge de huit ans, je découvre le théâtre. C’est un coup de foudre, qui a animé dix-sept ans de ma vie.
Je me rêvais comédienne.

As-tu une devise ?

Ma devise, je la tatoue en série à qui veut bien. « La vie c’est chaud mais on se laisse pas faire ».
Avec cette phrase, qui agit comme un mantra, on monte une équipe de warriors (on est déjà douze !).
Les galères et les obstacles ne doivent plus nous empêcher de retrousser les manches. Au contraire, on porte le menton haut, on tient bon, on avance !

Quel était ton premier tatouage ? Et le dernier ?

J’ai poussé la porte de Street Tattoo (Franconville) pour mon premier tatouage. J’avais envie d’une pièce sur la colonne, et je suis repartie avec la première aquarelle de Niko Inko en dos complet. J’ai adoré sa façon de voir les choses en grand, et de s’impliquer dans mon projet.
C’était mon premier contact avec le tatouage, et la découverte de la dimension graphique m’a vraiment marquée.

On signait là, sans le savoir, le point de départ de ma vie de tatoueuse d’aujourd’hui : on a construit une histoire d’amour durant quelques années, fondé une famille, et vécu l’aventure tattoo à deux. Je l’ai suivi en conventions et autres guests, et je venais passer mon temps libre à la boutique, pour aider à faire le ménage, le montage des postes, l’accueil des clients.. Et le regarder encrer. Je ne pensais pas devenir tatoueuse à l’époque, mais la curiosité et la fascination étaient là. Je le remercie ici, de m’avoir offert la légitimité d’en faire mon métier en me formant au tatouage, après m’avoir offert mes premières machines auxquelles je suis très attachée (Sailor Kea Tattoo Machines).

C’est à la Troisième Porte (Toulouse) que je suis allée à la rencontre de Baptiste Oster (Lille) pour mon dernier tattoo. Il m’a fabriqué le portrait d’une demoiselle en costume de prisonnière. Ses yeux sont fermés et on peut lire dessous la mention « évadée ». C’est une énième métaphore de « La vie c’est chaud mais on se laisse pas faire » : les problèmes qui enferment, on peut s’en défaire, s’en dépouiller comme des vêtements. Et la clé pour y parvenir, j’en suis convaincue, est dans l’introspection. Plonger seul(e) dans le refuge qu’on se construit, tout au fond de soi.

Que représentent tes tattoos ? Quelle est leur histoire ?

Je commence à avoir une jolie petite collection, construite au gré des rencontres et des coups de cœur à l’égard de certains travaux. Mon envie de me faire tatouer est généralement corollaire à l’affection que j’ai pour l’artiste. La qualité graphique est importante, mais la relation prime : j’aime me faire tatouer par quelqu’un en particulier, ce quelqu’un étant souvent plus important que la pièce elle-même.

Quels artistes t’ont tatouée et pourquoi ?

Je porte un bras complet de Guet (Empreinte Body Art – Lyon) que j’ai réclamé après en avoir rêvé. C’est d’ailleurs la première fois que j’allais à la rencontre d’un inconnu pour me faire encrer.

Léa Nahon m’a tatouée sur la cuisse un homme nu qui fait la fête, l’occasion pour moi de réunir deux de mes passions !

J’ai confié mon autre cuisse à mon grand ami SMBousille (Le Sphinx – Paris), pour un portrait d’Arthur Rimbaud, fascinant, comme l’ensemble de son travail.

Des flashs de Köfi (L’Usine Tattoo Galerie – Liège) composent aussi ce patchwork : son travail me parle beaucoup et il fait partie de mes humains préférés.

Sandy Augeix (L’Officine 110 – Valence) a marqué mon bras gauche d’un portrait de Sainte Rita, sainte patronne des causes désespérées.

Mon ami Pistachio Lucha (L’Annexe – Perpignan) a ajouté un grigri à ma collection, en m’encrant un petit réparateur de cœur sur la hanche gauche.

Je porte deux pièces réalisées à la volée par deux amis non-tatoueurs, pour marquer un moment, sceller des amitiés, et surtout il faut bien le dire, pour se marrer.

Je me suis aussi tatouée, option auto-thérapie, un cœur noir sur le doigt et un lettrage sur la cuisse.

Qu’est-ce qui t’inspire le plus dans la vie ?

J’ai une inspiration très émotionnelle, ce qui je crois est assez classique. L’amour au sens large est au cœur de ma petite production, de sa beauté à sa tragédie.

Il y a aussi une porte d’entrée sensorielle dans mon travail, et ma vie en général : Je suis synesthète, ce qui veut dire qu’il existe dans mon cerveau des ponts inattendus entre les neurones qui régissent mes sens. Cette phrase un peu whatthefuck pour résumer le fait que je confonds certaines sensations (je vois la musique en couleurs et en mouvements, je peux sentir sur ma peau et dans ma bouche ce que je vois, et tout un tas de bizarreries du genre).
La synesthésie étant omniprésente et incontrôlable, elle est nécessairement active de mon processus créatif, puisqu’elle participe à toute ma vie. C’est un pan majeur et fondamental de ma personnalité.

Je suis une amoureuse de la poésie. Celle des mots, bien sûr, et celle des situations, surtout. J’aime ce qui est beau sans le faire exprès. Mes dessins démarrent bien souvent par une phrase qui apparaît dans ma tête . Le tatouage devient alors un prétexte pour écrire. Ces phrases sont rédigées en multiples de six lettres ou caractères (une obsession dictée par ma synesthésie), ce qui leur donne un rythme très doux et rebondissant à mon oreille. C’est comme ça qu’elles sont les plus belles, et je ne peux pas lutter !

Dessiner, écrire, c’est une manière de parler à la planète entière, sans jamais le faire. Je trouve magnifique cette pudeur volubile.

Niveau évolution du tatouage, t’es plutôt ancienne école ou nouvelle école ?

Je prendrais de l’ancienne école les notions de mérite et d’investissement. C’est un métier extraordinaire, qui souffre aujourd’hui d’une image de profession facile, accessible et lucrative. Le plaisir est présent, c’est indéniable, et on gagne notre vie ; mais c’est aussi la rencontre régulière de difficultés techniques, une somme de remises en question de soi-même à différents niveaux (éthique, artistique, technique, ..). J’aime aussi de cette ancienne génération l’idée du compagnonnage ; et le côté pirate, marginal. J’ai une passion pour les ateliers et les objets fonctionnels dans l’artisanat, j’aimerais beaucoup qu’un ancien m’apprenne à souder des aiguilles.

Je prendrais à la nouvelle génération la fraîcheur : l’audace de proposer des pièces aux codes graphiques osés qui n’avaient pas la place d’exister il y a 20 ans. Tatoueurs et tatoués sont maintenant habitués à voir des tatouages décalés, mélangeant plusieurs techniques, traversant le corps. Le choix de style est assez infini. C’est désormais possible et on le fait !

Je crois qu’il faut que la jeune génération continue à se cultiver sur l’histoire de sa profession pour mesurer cette chance, et le bond en avant qu’a connu l’univers du tatouage grâce au parcours des plus anciens. Et que ces derniers pardonnent aux plus jeunes la fougue et parfois l’ingratitude générées par la culture du réseau social qui biaise de temps en temps les bonnes manières.

Une actu à partager ?

Mais c’est cet article mon actu !

J’en profite pour dire que je suis en résidence à l’Encrophage (Argelès sur Mer), et que je vadrouille en guest de-ci de-là (Tribal Act, Paris – L’Usine Tattoo Galerie, Liège – Baron Noir, Bordeaux – L’Officine 110, Valence).

Je participe aux conventions de Pau et de Cork (Irlande) en avril prochain.

Où la trouver ?

 l’Encrophage à Argelès sur Mer

loutchiaz@gmail.com

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