Derrière le dermographe de Capitaine Plum

Aujourd’hui, c’est Capitaine Plum qui répond à mes questions habituelles !

Je suis le travail de Capitaine Plum depuis un bon moment et j’aime particulièrement la poésie qui se dégage de ses dessins. Tout est emprunt d’humanité. Même la façon de s’exprimer, spontanée et singulière me plaît.

Quel métier rêvais-tu de faire lorsque tu étais enfant ?

Je voulais être super-héros, poète, et même à une période j’ai voulu être éboueur. Dis papa, j’ai gagné ou pas ?

Quel est ton premier souvenir de tatouage ?

Je devais avoir neuf ans quand ma grande sœur qui en avait quinze est revenue à la maison avec ce drôle de gribouillis plutôt raté sur le bras. Il faut dire que ma sœur passait plus de temps dans la rue que chez nous, qu’elle avait déjà la crête dressée sur la tête, le blouson militaire crado, troué de partout, les chaînes et le cadenas autour du cou. Il n’y avait pas d’âge pour être punk, et ce premier tatouage entré dans ma vie, il ne provenait pas d’une boutique tattoo, il venait littéralement de la rue. Il sentait bon le bitume et l’insolence. Ma sœur avait pas dit non le jour où un mec ivre mort lui a proposé un tattoo sur l’asphalte devant la gare de Montpellier. Le type a du lui encrer ça au poke avec une aiguille douteuse, et c’était sans aucun doute ça qui donnait tout son « charme » à l’événement.

Elle avait demandé une feuille de ganja… J’ai jamais réussi à voir la ressemblance; aujourd’hui encore, quand je regarde ce tattoo j’y vois un truc qui ressemble plutôt à une mouche griffonnée qu’à un truc végétal. Pourtant à l’époque, même si j’étais dubitative devant les qualités esthétiques de ce tatouage des rues, quelque chose déjà m’avait fasciné, une petite porte s’était ouverte… Et c’est ça mon premier souvenir de tattoo !

Qu’est ce qui t’inspire le plus dans la vie ?

Les gens qui me remuent le plus les tripes sont souvent des écrivains, je me nourris beaucoup de littérature, de poésie ou de romans. J’ai une vraie passion pour le verbe, et ça me plaît d’essayer de traduire ça avec le tattoo. On dirait pas comme ça, mais le tattoo est un véritable outil de narration, et c’est comme ça que j’aime l’utiliser. Raconter des histoires c’est un truc qui m’a toujours passionné, et j’ai toujours eu la certitude que c’était une des rares choses qui pouvait encore changer le monde, alors j’y suis resté attachée.

Ensuite j’ai une formation d’illustratrice et bien sûr je suis grandement inspirée et fascinée par un tas d’illustrateurs et d’auteurs géniaux comme Brecht Evans, Double Bob, Loisel, la bande de Fremok ou de l’Association, je suis aussi une fan de Topor.

Concernant l’histoire de l’art, j’ai toujours bavé devant les peintures de Schiele, les créations de Matthew Barney, et je suis une grande amatrice de toute l’époque Dadaïste.

Quelles sont tes influences musicales, cinématographiques, littéraires, picturales ou autres, en un mot, artistiques ?

En plus de celles citées au dessus, j’ajouterais Rimbaud, Barjavel, Baudelaire, Sartre, Neil Gaiman ou Chuck Palahniuk, et enfin mon héros Marcel Moreau pour la littérature, Ursula Leguin ou K Dick pour la science fiction.

Tom Waits, Bowie ou Klaus Nomi pour citer quelques noms musicaux même si pour tatouer j’aime bien sombrer dans des musiques rituelles, ancestrales ou tribales. En ce moment j’aime bien le son de Come Meditate. Depuis quelques années je découvre la musique un peu plus psyché genre Can ou Silver Apple, et certains morceaux de Coil ou de Max Richter me font parfois pleurer et ça c’est toujours bien.

Pour finir, tu peux me croiser en festival l’été en train de recharger mes batteries sur je ne sais quel dancefloor techno, trance ou psychédélique… On s’est déjà croisées là-bas , mais si, souviens toi !

Peux-tu me parler de tes propres tatouages ? Que représentent-ils ? Quelle est leur histoire ?

Mes premiers tatouages étaient plus marqués d’histoire que ceux des dernières années. Je dois avouer que dernièrement j’ai surtout voulu marquer des rencontres, des instants précis, ou simplement mon admiration pour le travail d’un guest croisé sur mon chemin.

Ma façon de me tatouer a un peu changé avec le temps, parce que les occasions se sont multipliées et que j’ai un peu démystifié mon propre corps. Il y a dix ans, je cogitais pendant des mois avant de me faire tatouer, aujourd’hui j’ai certains trucs complètement débiles sur les jambes faits sur des coups de tête, parce que le moment s’y prêtait, et plus pour l’action de marquer ma peau que pour une valeur esthétique.

J’ai une espèce de gribouille sur la jambe qui ne ressemble à rien, parce qu’un jour avec deux potes, on a voulu voir si c’était possible de se tatouer à trois en même temps, en partageant la même électricité. On a donc coupé le bout de nos clips cordes, on a tant bien que mal inséré les trois câbles dans l’alimentation, et quand on a poussé le bouton « ON » on était ravis de voir que ça fonctionnait, mais on avait aucune idée de ce qu’on allait se tatouer. J’en tatouais un, qui tatouait l’autre, qui me tatouait , et le tout avec la même électricité. On avait l’impression d’avoir ouvert un vortex ! Finalement on s’est juste dit « Pique, fait n’importe quoi, quand j’ai mal je te dis stop ! ». On se retrouve tous avec un sacré scraboutcha, mais c’était un chouette moment !

Quels artistes t’ont tatouée et pourquoi ?

Avant que je commence sérieusement à tatouer, j’étais déjà très fan du travail de Léa Nahon, et de Jef de la Boucherie Moderne. J’étais déjà tatouée à droite à gauche, mais Jef m’a fait mon premier tatouage « graphique » et c’est à partir de là que j’ai compris qu’on avait le droit de faire ce qu’on voulait avec le tatouage, pas uniquement des signes chinois ou des dragons. Avant ça, j’en savais rien en fait. Ça a été une grande claque pour moi, c’était y a presque dix ans et à ce moment là c’était rare de voir quelque chose d’aussi original, à part Yann Black, j’avais jamais rien vu de pareil.

De là j’ai pu bondir d’artistes en artistes, et faire grandir mon envie de faire quelque chose d’un peu différent moi aussi, rassurée par tous ces gens qui le faisaient si bien. Quand Léa m’a tatouée, j’étais super intimidée et super impressionnée par son talent et sa simplicité. Petit détail non sans importance : c’était une femme, et j’en avais pas vu beaucoup trouver leur place dans ce milieu, je sais à quel point ça a du être compliqué à une époque et ça n’a fait qu’amplifier mon respect. Bref, après ça je me suis faite tatouée un bon paquet de fois et toujours par des personnes incroyables. J’ai aimé donner mon avant bras à San qui m’avait donné ma chance chez Deuil Merveilleux, je crois que c’est elle qui m’a le plus tatouée et c’est cohérent puisque c’est à elle que je dois mon entrée dans ce petit monde. Bref, je me rends compte que je vais vraiment pas pouvoir vous nommer tous les gens qui m’ont tatouée tu sais, pour ça il faudrait toute une nuit et un hectolitre de thé…

Le texte tatoué sur mon bras gauche c’est un extrait de lettre de Marcel Moreau, l’auteur que je cite dans mes références. C’est un grand écrivain que j’admire beaucoup et qui est devenu mon ami suite à des échanges épistolaires. Aujourd’hui Marcel se fait vieux et ça devient compliqué pour lui d’écrire, il faut savoir que c’est quelqu’un qui parle beaucoup du corps et de la chair, ça me semblait donc être un bel hommage de faire un stencil directement à partir d’une de ses lettres et de me le faire encrer tel quel. Ne cherche pas à lire, ce type a l´écriture la plus illisible qu’il soit !

Les théières à droite sont de San et Léa Nahon, le pattern derrière est de Seb Inkme. A gauche et en dessous du texte une petite bande de texture de mon amie Caro Ley de Berlin. Au centre sur mon chest le gri-gri magique de mon collègue Jean Philippe Burton de Purple Sun.

As-tu d’autres projets en tête ?

Des projets ? Dans ma tête ? J’en ai des milliards et des nouveaux à chaque seconde.. C’est l’enfer !

Le tatouage se démocratise, les regards changent, comment va évoluer le tatouage selon toi ?

Sincèrement je ne sais pas du tout vers oà on va… Ce qui m’inquiète un peu c’est la « starification » qui se met en place autour du tatoueur comme artiste avec un grand A. Ça a certains très bons cotés parce que ça booste la créativité et la liberté, mais les gens ont de plus en plus tendance à se considérer comme « nos toiles », on dirait que tout les pousse à croire que le tatoueur fait « son œuvre » alors que ce qu’on essaye de faire, c’est rendre un service.

Je pense qu’à l’origine le tatouage était un service rendu aux gens, et moi j’aimerai être tatoueur comme d’autres sont cordonniers : Tu as besoin de quelque chose sur ta peau, tu penses que je suis la bonne personne pour le mettre en image , donc je le fais POUR TOI. Ça me semble vraiment évident ! Mais de plus en plus, je vois des clients super attendrissants qui me disent que « c’est moi qui décide, parce que c’est mon œuvre », et j’essaye vraiment de me battre contre ça parce que c’est votre corps, c’est super important qu’à aucun moment il n’y ai rien qui puisse m’appartenir dans l’histoire, je n’ai aucune envie de ça. Je n’ai pas envie d’utiliser les gens comme des carnets de croquis, et j’ai un peu peur que dans les années à venir on se retrouve à aller vers ça…

Je me souviens d’une cliente qui à la fin de la séance me disait « Je suis contente, j’ai enfin mon Capitaine Plum », c’était adorable, mais je lui ai répondu « Non ! C’est surtout TON bras ! », on a rigolé, et je sais à quel point tout ça part de bonnes intentions, mais il faut aussi s’en méfier.

Le tatouage est sensé être une réappropriation de son corps, alors ça serait dommage de le reprendre pour ensuite nous le donner ! C’est pour ça que c’est intéressant d’en discuter pendant les séances, et de se rappeler que le tatouage c’est super puissant, pour moi c’est réellement de la magie. On fait quelque chose pour soi, on marque son corps, c’est un rituel de passage ou une cérémonie, chacun se l’approprie comme il veut mais c’est important de ne pas oublier qu’on le fait pour soi.

Nous les tatoueurs, on est là pour vous aider à réaliser VOS projets, pas les nôtres. Je sais qu’on est pas tous d’accord sur ce point, et je respecte aussi vraiment les choix de chacun, mais pour moi c’est un point super important et c’est quelque chose qui peut vite me mettre mal à l’aise. J’espère qu’en se démocratisent le tatouage gardera quand même toujours ses pouvoirs de guérison, d’introspection et de magie. Alors je continue simplement à en débattre avec chacun pendant que l’encre rentre dans la peau, et parfois même on comprend des choses ensemble, et parfois on change d’avis, en tous cas à chaque fois on repart en ayant fait quelque chose de « fort ». Pourvu que ça dure…

Une actu à partager ?

Pour le moment les actualités, ça donne envie de trouver le bouton Reset pour toute la planète… Non ?

Sauf si tu veux parler des actus me concernant : Je tatouerai à Ibiza du 9 au 15 septembre, et j’ai plein de places disponibles. Je le précise parce que je sais que j’ai parfois des clients dans le Sud de la France qui disent que Bruxelles c’est trop loin, alors si vous avez envie de prendre trois jours de congés au soleil c’est le moment ! Cette petite île aux trésors est vraiment magique, elle ne ressemble en rien aux clichés bling-bling festoyeurs qu’on peut avoir en tête au premier abord. C’est un endroit très sauvage et je me retrouve régulièrement là-bas, alors je profite de cette interview pour semer l’idée dans la tête des gens du Sud… On pourrait peut-être s’y croiser ?

Sinon j’ai aussi quelques guests en prévision, j’annoncerai les dates bientôt. Et enfin aux dernières nouvelles j’ai tant bien que mal réussi à me créer un shop en ligne, vous pouvez y trouvez des tirages limités de linogravures « fait maison » gravées et imprimées par l’Atelier Hors-Série , et quelques autres bricoles pour décorer votre cabane ou votre bateau.

Un petit dessin pour le blog, ses lecteurs et ses lectrices ?

Je reviens d’une semaine de festival où j’ai beaucoup dansé, et ça m’a fait du bien aux tripes, alors je partage ce petit bout de carnet de route, c’est ce que j’ai de mieux et de plus récent, enjoy !

Où la trouver ?

Bruxelles, Belgique

captaineplum@gmail.com

Instagram / Facebook

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