Derrière le dermographe de Mamie Bousille

Aujourd’hui, c’est Mamie Bousille qui répond à mes questions !

Vous connaissez ce mélange d’insolence, de fatalité et d’humour dans ses textes ?

©Arsène Marquis

Quel métier rêvais-tu de faire lorsque tu étais enfant ?

Je rêvais d’être tatoueuse, c’est vraiment mon rêve de gosse. J’ai vite compris que j’étais un peu trop cancre pour être astronaute anyway. Ma maman fait de la peinture, donc j’ai eu la chance d’avoir un crayon entre les mains dès mon plus jeune âge. A même pas un an je voulais peindre sur ses tableaux avec ma gomme à mâcher.

Quand j’avais peut-être 4 ou 5 ans, une jeune femme qui faisait de la coiffure à domicile est venue chez nous probablement pour faire son boulot, et en discutant avec ma mère, elle a descendu sa salopette et dévoilé un énorme dragon dans le dos (c’était les 90´s hein) et ça m’a niqué le cerveau. Quand j’y pense, encore aujourd’hui, je ressens encore ce truc incroyable. Je crois que c’est ça la mystique du tatouage, c’est comme si j’avais été touchée par la grâce. A partir de là j’ai su que je voulais avoir (et faire) des tattoos et que je ne serai jamais hétéro !

Alors bien sur j’ai pensé à des milliards d’autres trucs et j’ai fait des études un peu « au cas où » et beaucoup pour développer une certaine vision artistique et un book, mais ça a toujours été là en trame de fond, ça m’a jamais lâchée.

As-tu une devise ?

Absolument pas. Par contre j’ai toujours une connerie à dire ou un calembour pourri à trouver. Je suis une vieille mégère qui a toujours un avis sur tout, croisée avec un bon vieux Jeannot bourré du PMU. Comme ils se disputent toujours pour trouver une devise, je prends note de leurs brèves et ça fait des flashs.

Quel était ton premier tatouage ? Et le dernier ?

Mon tout tout premier, j’en suis fière autant que j’en ai honte. C’est deux petites étoiles au niveau de l’aine que j’ai faites toute seule à 16 ans, avec des aiguilles à coudre et de l’encre de chine façon full gitanie et enterrement du respect de l’hygiène. C’est pas bien joli, ni de très bon goût, mais c’était une chouette expérience quand même, du fin fond de mon village avec absolument zéro connaissance, de me lancer comme ça. Je crois que c’était important pour moi, d’être la première à effectuer l’acte sacré sur mon corps, on avait des choses à se dire et personne ne pouvait participer à la conversation.

Que représentent tes tattoos ? Quelle est leur histoire ?

Globalement, mes tattoos sont des talismans de force et des souvenirs. Des trucs pour m’accepter, me rappeler comment me battre, me protéger, pour me dire que mon corps est à moi, comment croire en moi. Ils racontent une à une les étapes de mon voyage.

Des promesses, des combats, des événements marquants, des cercles de protection et des révélations mystiques. A mon image, c’est niais mais c’est vrai (tu voulais pas une devise tout à l’heure ?).

Quels artistes t’ont tatouée et pourquoi ?

Pas mal d’artistes différent.es m’ont tatouée, pour plein de raisons. Dans la plupart des cas, c’est que le style correspondait à ce que je recherchais, ou un très gros coup de cœur sur un flash, et puis aussi, en gravitant dans ce milieu, les rencontres de l’amour et leur spontanéité qui rendent évident que c’est X ou Y qui doit te piquer.
Liste non exhaustive de l’amour: KaTa (qui a regardé mon book alors que j’étais un bébé et m’a bien poussée, mention amour +++), Got, Eugénie Kasher, Foscamore, Lucie Bambi, Boran, Charlotte Chadeau, Hugo Vaz, Ophélie Taki, Valk, Carotidae, Mistericol, Nag, Flo Amesland, Julien Brunier, François Guyon.

Qu’est-ce qui t’inspire le plus dans la vie ?

Globalement, c’est mon flux chaotique d’émotions et de pensées. Je suis hypersensible et très anxieuse, j’ai tendance à beaucoup brasser, beaucoup penser, repenser, interpréter. Le silence est une denrée rare dans ma tête, et parfois je suis un peu triste de me dire que je recevrais jamais d’Oscar pour tous les films que je me fais.

Je suis une grande amoureuse des mots, depuis toujours. J’écris beaucoup, sous plein de formes et de supports différents. Quand j’ai quelque chose sur le cœur, je l’écris, et parfois je me dis que ça ferait un bon tattoo.

Le dessin et l’écriture sont mes deux médias de l’amour et des armes essentielles dans le combat pour ma santé mentale, dont les problématiques se sont placées au centre de mon travail ces dernières années. Je trouve que les réseaux sociaux et internet en général ont permis d’aborder les questions de neuroatypie et de guérison en dehors des espaces très privés des thérapeutes, et que leur donner de la visibilité et une existence, voire des espaces pour en rire cyniquement, aide à se sentir moins seul.

Il y a peut-être deux ans un ami m’a envoyé le texte « Radical Softness as a weapon » de Lora Mathis, et ça a été une révélation. Je pense que ses mots étaient tout ce que j’avais besoin de lire. Je crois que ça a drastiquement changé ma façon d’aborder mon approche du tatouage et de ses messages, ou du moins cela m’aura permis de voir plus loin que la catharsis dans laquelle il m’était un peu facile de me complaire et m’aura donné une direction plus assumée.

Tout ce qui me traverse est une inspiration potentielle et je n’ai jamais été à court.

Niveau évolution du tatouage, t’es plutôt ancienne école ou nouvelle école ?

Comme pour beaucoup de choses, je suis vraiment coincée entre les deux.

J’ai été formée par un ancien, et c’est une vraie chance. Parce que y’a un paquet de trucs qu’on peut pas deviner tout seul. Bosser avec quelqu’un qui a 20 ans de carrière et qui a lui même bossé avec les anciens, c’est ultra enrichissant, parce que ce sont ces gens là qui ont le retour sur le vieillissement dans la peau, sur des différentes modes de matériel, les évolutions diverses du métier et les bases fondamentales de l’hygiène qu’ils se sont battus eux même pour instaurer légalement. Ils ont plein de tips à donner pour tout et sans cette transmission, on serait bien dans la merde.

Je fais complètement partie de la nouvelle génération de tatoueurs, qui ont fait des études d’art (et des études tout court !) et sont friands de trucs ultra conceptuels, mais en même temps, j’aime aussi l’idée d’être un artisan avant tout. Je ne refuse pas le tout venant et ne le refuserai jamais, tout en étant ultra flattée que la grande majorité de mes rendez-vous soient pour mon style. Tu la veux vraiment ton étoile sur le poignet ? Viens là mon petit. Je donne beaucoup de conseils à mes client.es, que ce soit à propos de leur idée comme du placement et du traitement, tout en les laissant libres de faire ce qu’iels veulent de leur corps, j’aime beaucoup échanger avec elleux pour déterminer ce qu’il leur faut, j’estime que c’est mon devoir de leur donner ma vision de la chose mais que je ne suis personne pour juger ou refuser quoi que ce soit.

La vieille école a apporté la rigueur, le recul sur ce qui fonctionne vraiment ou pas, les sacro saintes bases de l’hygiène, mais aussi son lot d’embrouilles obscures, de conceptions psychorigides et sa quasi totale non mixité.
La nouvelle école a apporté une vision artistique, graphique et conceptuelle qui m’est très chère, mais elle a aussi apporté son lot de scratcheurs, kékés pseudo rebelles qui se foutent de l’hygiène, artistes snobs, néo rockstars et autres mégalos qui pensent tout maîtriser et pouvoir prendre des apprentis à la pelle sans avoir le nombre d’années de pratique nécessaires à avoir un véritable recul sur leur travail.

J’ai pris ce qui me ressemblait dans chacune des écoles et trouve du très bon comme du très mauvais dans chacune. Je n’ai jamais trouvé de case dans laquelle rentrer et ça me convient très bien.

Une actu à partager ?

En 2017 j’ai travaillé en parallèle sur un projet personnel appelé “Thirst”, j’ai écrit un poème que j’ai conçu de manière à ce que chaque vers fonctionne individuellement, et j’ai tatoué chaque vers sur une personne différente. Je faisais lire le poème à mes clients pendant que je les tatouais, leur parlais du projet et leur proposais de leur piquer gratuitement la phrase qui leur parlait le plus si ils le voulaient. J’ai pris des photos de chacun des tattoos et ai publié l’intégralité du projet sur les réseaux sociaux. On peut lire, sur la peau des gens, bout à bout, l’intégralité du poème. Ça aura été une sacrée aventure.

Ce premier projet m’a apporté une réflexion sur le pouvoir du matching tattoo et m’a inspiré la série de talismans sur laquelle je bosse actuellement. “Thirst” va être publié dans son intégralité dans le premier numéro du magazine Polysème et j’avoue que j’ai un peu la fierté.

Un petit dessin pour le blog, ses lecteurs et ses lectrices ?

Tout à fait mon petit !

Où la trouver ?

Studio Pick Tattoo à Lyon

mamiebousille@gmail.com

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2 réflexions sur “Derrière le dermographe de Mamie Bousille

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