Tatouage et travail : comment les concilier ?

Cela fait longtemps que j’avais envie de vous parler du tatouage au travail et vu votre réaction sur Facebook et Instagram, c’est un vaste sujet vaste qui nous intéresse tous.

Je ne sais pas vous, mais de mon côté, je me suis souvent posée des questions à ce sujet. Est-ce que je risque de faire mauvaise impression ? Peut-on douter de mes compétences ? Comment assumer mes choix artistiques sans restreindre ma carrière professionnelle ? Autrement dit, dois-je les cacher ou non ?

Selon une étude récente américaine, il semblerait que le détatouage au laser a augmenté de 32 % dans ce pays l’année dernière pour des raisons professionnelles. Avec la banalisation du tatouage en France, est-ce ce qui nous attend ?

Que dit la loi ?

Si la loi n’est pas assez précise concernant les tatouages, elle interdit cependant toute forme de discrimination liée à l’apparence physique.

Bien entendu, c’est ce qu’il se passe officiellement. Mais entre la théorie et la pratique, il y a parfois un monde…

Pour l’embauche

L’article L1132-1 précise qu’« Aucune personne ne peut être écartée d’une procédure de recrutement (…) en raison de son origine, de son sexe, de ses mœurs, de son orientation sexuelle, de son âge, de sa situation de famille ou de sa grossesse, de ses caractéristiques génétiques, de son appartenance ou de sa non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation ou une race, de ses opinions politiques, de ses activités syndicales ou mutualistes, de ses convictions religieuses, de son apparence physique, de son nom de famille ou en raison de son état de santé ou de son handicap ».

Par conséquent, écarter un candidat d’une procédure d’embauche en raison d’un tatouage, qui relève de l’apparence physique de la personne, constituerait par conséquent une discrimination.

Dans les faits, certaines entreprises n’hésitent plus à préciser dans leur règlement intérieur que le tatouage n’est pas recommandé voire interdit. Par exemple avec Air France qui exige des candidats une « présentation soignée » et souligne que « le manuel des règles du port de l’uniforme n’autorise pas les tatouages ou piercings visibles pour le personnel naviguant ».

Pour le licenciement

Un employeur peut imposer à ses employés une tenue vestimentaire, il a donc la possibilité de les licencier si ceux-ci ne respectent pas les contraintes indiquées.

Un tatouage n’est évidemment pas un vêtement que l’on peut changer, mais il fait partie de l’apparence physique. Un licenciement à cause d’un tatouage serait discriminatoire. Dans ce cas, ce serait à l’inspection du travail ou au juge de décider, en fonction de l’entreprise et de la situation, si le licenciement est justifié ou non.

Mon expérience professionnelle

J’ai commencé avec des tatouages non visibles pour pouvoir les cacher à ma guise et notamment dans l’environnement professionnel.

A cette époque (oui je parle comme une vieille mais le tatouage était bien plus rare), la question du tatouage visible ne se posait pas vraiment quand on commence. Je me doutais que c’était mal vu et je ne voulais pas être rejetée ou jugée. A 20 ans, je ne me sentais pas capable ou prête à assumer.

J’ai commencé à travailler dans le privé et niveau ouverture d’esprit dans cette entreprise, c’était très limité : pas de baskets, ni de jean, ni de piercing. J’enlevais même mon piercing au nez la semaine, il fallait être « dans le moule ». Alors les tatouages, c’est évident que personne n’en avait et que cela donnerait une image mauvais genre/underground/rebelle/sale (vive les préjugés !).

Depuis environ dix ans, j’ai changé de secteur d’activité et je travaille désormais dans le secteur caritatif. On s’attend donc à une plus grande tolérance et ouverture d’esprit et c’est le cas. Mais ce n’est pas acquis pour autant. Personne n’est tatoué dans mon association, ou alors cela ne dépasse pas un ou deux tatouages discrets. On ne m’a jamais fait de remarques désobligeantes. J’ai eu des regards un peu surpris l’été lorsque qu’on voit un peu plus de peau et de nouveaux tatouages fleurir chaque année. Je pense que cela peut déranger les bénévoles par exemple qui sont assez âgés et peu habitués.

J’ai la chance de travailler dans un environnement bienveillant qui n’a pas peur et ne juge pas la différence. J’ai moi-même pris de l’assurance. Je suis plus sûre de moi quant à mes compétences professionnelles, qui ne sont pas indissociables avec ma volonté de modifier et de décorer mon corps.

Témoignages

Julien, ouvrier

Les dessins ont plus intrigué mes collègues que l’encre sous la peau. A l’époque mon imagination n’était pas très débordante donc old-school au taquet, toile d’araignée, coupe-choux, marteaux croisés et autres joyeusetés symbolisant toute une époque et ma classe sociale.
Pieds, jambes, bras et doigts, cela ne choque personne. Parfois mon chef me pose des questions d’ordre technique ou me complimente pour une pièce. L’encadrement ne m’a jamais fait une réflexion. Je pense que ce n’est pas dans leur culture.

C’est intéressant de constater que plus on monte dans les collèges, moins il y a de tattoos et plus il sont discrets. Difficile de dire si le tattoo est un problème pour progresser dans l’industrie mais je pense que c’est encore bien ancré dans les mentalités.

Jérôme, cadre dans l’industrie

Ça fait 14 ans que je travaille dans la société qui m’a embauché et j’avais déjà des tatouages à mon arrivée mais sur le haut des bras donc clairement pas visibles. Depuis 2009, j’ai rencontré un tatoueur qui m’a donné l’envie de repasser sous les aiguilles et l’enchaînement a fait que j’ai eu un bras complet plutôt rapidement. Mes responsables n’ont jamais abordé le sujet d’une manière négative avec moi car mes résultats professionnels étaient bons.
Mon travail est régulièrement la rencontre avec des clients et j’aime garder la surprise, c’est à dire que je garde des chemises manches longues pour les premiers rendez-vous et ensuite je fais moins attention. Le regard de mes clients a toujours été de la surprise et jamais de la critique ou un sentiment négatif. J’adore ce moment où ils donnent l’impression de découvrir une nouvelle personne.
J’ai aussi senti la différence lorsque j’ai commencé à faire le second bras. Certains de mes collègues étaient surpris voire un peu choqués de l’ampleur que prend l’encre sur mon corps mais étant toujours professionnel, cela n’avait pas d’impact.

Philippe, travaille dans une mairie

Il y a 20 ans, lorsque je travaillais dans la grande distribution, je ne cachais pas mes tatouages, aujourd’hui je les cache. Mon patron ou le maire ne me l’ont pas demandé, mais je préfère être « neutre », être lisse, pour que mon message ne soit pas altéré par mon apparence. Le langage corporel est important et je ne souhaite pas que mes tatouages envoient un message biaisé.

Marie, travaille dans un cabinet d’avocats

Je bosse en cabinet d’avocats. Celui où j’étais avant, c’était hyper mal perçu mais j’en étais encore à la phase où aucun n’était visible habillée.

Le cabinet fiscaliste où je suis depuis maintenant 8 ans a vu arriver mes deux avant-bras et le dos qui dépasse sans un commentaire ni regard insistant, même pas des clients, qui pourtant sont tous des hommes d’affaires d’âge mûr. J’avoue être plutôt agréablement surprise !

Aurélie, assistante dans l’informatique

Il y a 9 ans, je cherchais une entreprise pour un contrat pro. Je suis arrivée dans le top 2 des sélections et j’ai finalement obtenu le poste. Quelques mois plus tard, j’ai appris pourquoi c’est moi qui avait été retenue, l’autre fille avait un tatouage au cou. Je n’étais pas encore tatouée à l’époque mais j’ai été choquée de savoir que le choix n’avait pas été fait sur les compétences mais sur une discrimination physique.

Cela faisait déjà de nombreuses années que je voulais me faire tatouer et lorsque j’ai enfin franchi le pas quelques années plus tard, j’ai choisi de me faire tatouer le flanc afin que cela ne se voit pas au travail et que je ne subisse pas la même discrimination. 5 ans plus tard, je viens de prendre rdv pour mon 2nd tattoo et je vais faire l’autre flanc, toujours marquée par cette histoire. C’est dommage car j’aimerais tellement faire une manchette !

Vanessa, travaille dans le commerce

Dans le retail, ça dépend des marques. Comme c’est à la mode, la tête de mort que j’ai à l’épaule ne passe pas toujours. Si on est bien habillé, le reste ils s’en foutent.

Rien à voir avec Barcelone où tout le monde est tatoué, même les médecins et les banquiers. Quand je travaillais pour Airbnb, mon directeur régional avait un bodysuit japonais, et son adjointe les cheveux verts et un piercing dans chaque joue !

Saté, infirmière

Je suis infirmière libérale. Concrètement tout se passe bien. Sûrement parce que je suis my own boss ! En revanche en milieu clinique ou hospitalier, c’est un peu plus compliqué, en particulier avec la hiérarchie ainsi qu’avec certains collègues.

Avec les patients dans l’ensemble c’est bien accepté. Il y a parfois une certaine surprise de leur part, surtout lors du premier contact, mais avec de l’humour et des soins réalisés avec sérieux, cela se dissipe assez rapidement.

 

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