Derrière le dermographe d’Olivier Poinsignon

Aujourd’hui, C’est Olivier Poinsignon qui nous dévoile qui se cache derrière son dermographe. Souvenez-vous, je vous avais déjà parlé de lui dans les Tattoo news #1 pour son co-laboratoire avec L’Androgynette et Tattoo news #3 pour sa performance « d’aiguilles musicales » avec L’imaginarium.

Toujours mené par une réflexion intense et un besoin d’échange humain. Un artiste inspiré et inspirant.

Quel métier rêvais-tu de faire lorsque tu étais enfant ?

Quand j’étais petit, je voulais être dessinateur. En grandissant, mon papa m’a dit « Tu ne seras pas dessinateur, tu seras architecte parce qu’un dessinateur c’est grand, ça a des lunettes, c’est courbé et ça ne gagne pas bien sa vie. » Alors je suis parti pour être architecte et je suis devenu grand, avec des lunettes et courbé. Et j’ai continué à faire du dessin sans savoir où est-ce que j’allais aller.

Quel est ton premier souvenir de tatouage ?

C’est vachement dur. Je ne faisais pas attention aux tatouages avant de m’intéresser à la musique quand j’étais ado, jusqu’à ce que j’aie envie de me faire tatouer.
Mon premier souvenir marquant qui se rapporte au tatouage, c’est super égocentrique, c’est la première fois que je me suis fait tatouer. Et le tatoueur avant de me tatouer a fait tomber sa machine par terre, et l’a ramassée et m’a quand même tatoué. Et ce mec là si je pouvais le retrouver…

Qu’est ce qui t’inspire le plus dans la vie ?

Les gens que je rencontre, les gens que je tatoue, les personnes que j’ai tatouées m’influencent pour la suite de mon travail. Je ne néglige pas les rencontres que je fais en dehors du tatouage mais tatouer est une grosse richesse pour moi, cela m’a permis d’avoir des relations humaines plus profondes que ce à quoi je pensais. Je ne suis pas très bon pour communiquer dans un bar ou rencontrer des gens comme ça, je suis un peu timide et maladroit, et le tatouage induit une relation de confiance très très rapide.

Quelles sont tes influences musicales, cinématographiques, littéraires, picturales ou autres, en un mot, artistiques ?

En ce moment je m’intéresse un peu à l’architecture et je suis un fou de cinéma. J’essaie de ne jamais m’inspirer du tatouage. Je fais du graphique et de l’abstrait alors on s’attend à ce que je ne regarde que du Léon Lam, mais non je regarde des mecs qui vont faire du old school de manière alternative.

J’aime bien m’inspirer de choses qui ne sont pas visuelles. J’aime bien la narration dans les films, j’aime bien les mécanismes de jeu. Comment tu vas faire pour faire du tatouage, pour créer une image en t’inspirant de quelque chose qui n’est pas une image à la base ?
La musique a aussi eu un rôle, notamment pour les « Aiguilles musicales ».

Si j’avais un artiste cross média à citer tant l’impact qu’il a eu sur ma vision d’une pratique artistique est profond, c’est Marc Antoine Mathieu. Il sait exactement saisir les spécificités de son sujet et de son support, ce monsieur est synchrone sur le fond et la forme de ce qu’il traite. Il jongle entre contrôle et improvisation en livrant des œuvres dont il est le seul auteur (c’est un bédéiste – scénographe). C’est très important pour moi de le citer car il mérite d’être mis en lumière et découvert. L’œuvre de Marc Antoine Mathieu est inscrite dans mon travail. Et oui je fantasme une collaboration avec lui, mais je ne sais pas s’il trouverait un intérêt à s’exprimer sur le corps humain.

Peux-tu me parler de tes propres tatouages ? Que représentent-ils ? Quelle est leur histoire ? Quels artistes t’ont tatoué et pourquoi ?

J’ai un petit peu de tout, du figuratif, de l’abstrait, de la recherche personnelle aussi quand je teste une machine.
J’ai des pièces de Navette, c’est mes premières pièces sérieuses. Cela a eu un gros impact sur ma façon de voir le métier. Je ne suis tatoué quasiment qu’en noir. Ya des espaces qui sont blancs et j’espère réussir à les conserver en blanc.

Avec Easy sacha, j’ai un mandarin d’un film de John Carpenter qui s’appelle « Les aventures de Jack Burton » avec écrit « Au revoir monsieur », et de l’autre côté j’ai Sinok des Goonies avec écrit « Salut mec » par Jean-Luc Navette. Ces deux-là se répondent.
J’essaye d’avoir un certain équilibre sur le corps même si ce n’est pas évident.

J’ai aussi le portrait de Dorian Gray avec le cadre et le bas du corps tatoué par une amie qui est une très bonne technicienne et c’est très propre. Et le portait je me le suis piqué moi-même volontairement profond pour qu’il y ait une diffusion avec le temps. C’est en référence à l’histoire de Dorian Gray dont le portrait est sur une toile et au fur et à mesure qu’il vit, cela s’enlaidit. Au-dessus, j’ai la lune de Méliès de Navette aussi.

J’ai le haut du bras par Kofi, une interprétation du chaos. C’est quelque chose qui m’intéresse, j’aime beaucoup l’accident, il y a une identité très forte qui se dégage du chaos et de l’accident, et tu ne peux pas le reproduire.

L’intérieur de la main c’est un rappel, pour être clairvoyant en sentiment et d’une manière générale, avec les lettres LCDT pour lucidité car je suis très intéressé par les rêves lucides. Une des techniques pour se rendre compte que tu rêves quand t’es en train de rêver, c’est de regarder tes mains.

En général, quand je vais voir un artiste avec mon idée, je lui dis « Fais-le comme tu veux ». Je m’intéresse à la personne que je vais voir et j’adapte mon projet pour aller chercher une interprétation. Je n’ai pas envie de piloter un être humain. Et donc je n’ai pas forcément envie qu’on me pilote.

As-tu d’autres projets en tête ?

A long terme, je vais sortir un bouquin d’illustrations qui parle de communication, sans mot. J’ai envie de faire un truc qui puisse parler de 3 ans jusqu’à la mort et qui puisse être lu dans tous les pays.
J’ai fait un labo au Brésil en début d’année, le but était de tatouer sans parler et d’avoir une communication para-verbale et sensitive au-delà des mots. Quand je me baladais pour acheter des BD, je cherchais des bouquins sans mot car le dessin à la base c’est quand même un moyen de communication plus universel que l’écriture, même si c’est sujet à une interprétation plus grande, il y a une réelle puissance.

Des projets avec des gens qui ne sont pas des tatoueurs, quitte à les amener à faire du tatouage pour expérimenter quelque chose et moi aussi me retrouver dans leur medium. J’ai envie de croiser. J’aime bien faire tatouer des gens qui ne sont pas tatoueurs, j’aime bien choper la première fois, cette maladresse est unique. Ça nous ramène aussi à ce qu’était le tatouage à la base, se faire marquer pour quelque chose, comme tous ces gens qui se font tatouer par leurs enfants, peu importe le rendu parce que c’est quelque chose que tu as vécu.

Le tatouage se démocratise, les regards changent, comment va évoluer le tatouage selon toi ?

Je pense qu’il y a un creux de vague en ce moment car il y a eu beaucoup de monde, les gens se sont beaucoup fait tatouer ces dernières années et ont dépensé beaucoup d’argent donc je pense qu’une petite retenue est en train de se mettre en place et ce n’est pas une mauvaise chose.

A plus long terme, j’attends de voir la mise en place des machines 3D qui vont tatouer. Tout dépend comment cela va être instrumentalisé. Ça peut faire du mal mais aussi être intéressant pour l’hyper réalisme ou la géométrie parfaite. Beaucoup de photographes et d’illustrateurs vont se faire voler leur travail mais ça peut être cool si cela peut permettre de leur reverser de l’argent.

Pourquoi pas me faire tatouer, ou bidouiller la machine et voir où sont les failles et voir comment en tant qu’être humain on peut compléter ça. Je ne pense pas que ça enlèvera le boulot du tatoueur mais ça va faire poser des questions aux tatoueurs et ré-induire la question de l’être humain. Pourquoi tu vas te faire tatouer par un être humain si tu sais qu’il y a un robot qui va mieux tatouer ? Peut-être parce que tu vas parler avec l’être humain.

Avec toutes les datas qu’ils arrivent à avoir avec les réseaux sociaux, à part ton conjoint, y a personne qui peut te connaître mieux que les databases. Ça veut dire que tu rentres dans une machine, tu mets ton bras et elle va te sortir un tatouage que tu vas surkiffer et tu ne sais même pas que tu voulais ça. Je suis curieux de voir ça. Cela va repositionner l’homme.

Une actu à partager ?

Je sors un flashbook de 80 pages environ pour pouvoir retourner en convention. Actuellement ma façon de travailler ne me le permet pas. Je suis en atelier privé, je passe bien souvent une journée complète avec la personne. Le but c’est qu’à la fin de la journée, j’ai envie de lui proposer quelque chose sans qu’elle me l’ait demandé, j’aie envie de surprendre les personnes qui viennent, de montrer que je les ai compris.

J’ai créé un petit livret avec plein de petits flashs prêts à tatouer qui sont des micro-concepts qui durent entre 1h et 1h30. Le flashbook s’appelle « Uniques » avec un s et il est écrit dès le début que ces flashs sont amenés à être tatoués plusieurs fois, à l’infini. Je travaille sur le fait de vouloir être unique quand tu te fais tatouer. Je pose la question de l’entité unique et de répétition. Je le vends uniquement en convention, je ne le vends pas en ligne, et je ne tatouerai pas ces dessins dans mon atelier.

Un petit dessin pour le blog, ses lecteurs et ses lectrices ?

Où le trouver ?

Atelier privé à Chamalières
près de Clermont-Ferrand

Contact : contact@olivierpoinsignon.fr

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